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Le Gypaète et le mulot

January 30, 2018

 

 

Chaque image est entourée d’anecdotes. Du Hérisson rencontré par hasard lors d’une balade digestive un soir d’été au Lagopède qui aura nécessité plusieurs heures de marche, ces rencontres sont des évènements extraordinaires. Désirés ou non, ces instants ont tous une grande valeur, celle de l‘authenticité. 

On oublie parfois de jouir, à sa juste valeur, d’observations apparemment anodines. 

 

L’histoire qui suit est simple et anodine; et authentique.

 

*Le Gypaète et le Mulot*

 

L’hiver est à mon goût la plus belle des saisons. La lumière est rasante, les paysages transformés, le son adouci. Froid et manteau neigeux imposent un nouveau rythme à la faune, alors que la flore sommeille. L’hiver fait subir à la nature une métamorphose qui lui permet d’échapper quelques mois au temps qui passe. 

Pour gagner « « mon » coin » (j’ai une aversion pour les déterminants possessifs concernant la nature ou les animaux, ils n’appartiennent à personne; d’où les doubles guillemets), il faut compter entre 3 et 5 heures. Epaisseur et qualité du manteau neigeux et présence ou non de la trace sont ici les seuls vrais déterminants. 

 

En ce jour de janvier, je pars à 9 heure. Mon objectif est de croiser le grand barbu. Je dormirai donc en haut et redescendrai le lendemain en début d’après-midi.

Le temps est clair mais nuageux. Il a neigé durant trois jours non-stop. Le relief est comme étouffé par l’imposante chape de neige. Plaisir immense de progresser dans ce paysage totalement vierge. L’angoisse vertigineuse de la page blanche. Après environ 1h30, j’arrive en bas de la montée principale. Il me reste environ 600 m de dénivelé à faire. On ne peut pas la faire n’importe comment. Il faut surtout commencer par bien la connaître en été. 

 

Quatre heures plus tard, j’arrive à bon port. Quatre heures durant lesquelles je n’ai vu aucune trace de vie. Ni cri, chant ou trace. La nature est véritablement endormie, la montagne est étouffée. 

 

Il est à peine 14 heure lorsque je me poste sur une petite butte qui offre un bon point de vue sur 360°. Bouquetins et Gypaète ne peuvent en général échapper aux jumelles. Un thé chaud et des Noddles au poulet pour me réchauffer alors que le soleil se cache. Il est 15 heure. Je poursuis ma veille jusque 16 heure. Rien. 

 

Je rentre donc dans le refuge et passe une soirée tranquille. Jetant un oeil sur la journée écoulée et je m’amuse de l’absence totale d’observation. Après un souper réparateur, je me glisse dans mon sac de couchage et me laisse aspirer par les superbes rencontres du lendemain. Je vois déjà le grand oiseau raser la butte puis longer les Couronnes à la recherche de quelques carcasses. Ce sera magnifique!

 

Lendemain, première heure,  je suis sur le qui-vive. Les yeux écarquillés, jumelles autour du coup, appareil de photo à portée de main, le café chauffant sur le réchaud, que demander de plus. La journée sera claire, sans vent. Je ne remarque aucune empreinte dans la neige. Les Chocards sont aux abonnés absents. Il n’est pas rare d’entendre le couple de grand Corbeau fendre le silence du vallon; mais là non. 

 

Milieu d’après-midi, j’entame la descente. Mon baluchon d’observation est rempli de rien.

 

Toujours aux aguets de la moindre trace de vie. Le paysage n’a pas bougé depuis la veille. J’ai l’impression depuis hier de me promener dans une photographie. La neige est un auxiliaire appréciable dans l’observation car elle permet de déterminer à un instant t ce qu’il s’est passé depuis plusieurs heures, voire plusieurs jours. Et là, elle me fait remarquer que durant mon passage dans le coin, il ne s’est rien passé. 

Frustrant? Décevant? Non.  Amusant.

 

Trois heures sont passées. Encore une demie heure et je serai de retour. Mon regard glisse sur le blanc.  Rocs, épicéas, arbres morts, tout est arrondi par la neige. Seule ma trace brise un peu l’harmonie du paysage. A deux mètres devant moi, une piste coupe la mienne à angle droit. Elle provient de ce qui en été est une fontaine en bois et en hiver… une quenelle de neige, pour finir sa course dans un conglomérat d’arbustes/rochers couverts de neige. Ces deux petites pattes, séparées par une ligne qui finit en s’amincissant, aucun doute, c’est un mulot. Je me pose tranquillement et la regarde, la photographie. Il a fait un aller-simple. Nous le ferions en une seconde, un pas parmi de nombreux autre, sans importance. Mais rapporté à sa taille, le parcours qu’il a fait à découvert est important. Un parcours à découvert périlleux. Il a du commencer par observer attentivement les alentours, puis se lancer pour quelques mètres interminable de prise de risque. Rapaces, mustélidés, ne lui laisseront pas de seconde chance. Alors la « machine » se met en marche. Pas sûrs et rapides, sens en alerte, ce n’est plus un Mulot sylvestre, c’est une Gazelle de Thomson! Ses imposants cuisseaux le propulsent puissamment vers cette échappatoire qu’il a stratégiquement repéré au préalable. Après  quelques secondes de course effrénée, la Gazel…. euh le Mulot s’engouffre sous le manteau neigeux, sain et sauf. 

 

… j’en vois qui sourient.

 

Durant 24 heures, dans ce secteur habituellement bien fréquenté, il ne s’est rien passé. Aucun ongulé n’a effectué visiblement de déplacement. Ni oiseau, ni écureuil. Durant ces 24 heures, seul un mulot a effectué un trajet périlleux de quelques mètres. Mêlé à d’autres empreintes, probable que cet évènement me serait resté invisible. Mais dans ce silence digne d’un début de western spaghetti, cela prend tout son sens. Vingt-quatre heures durant, l’hiver a étouffé la montagne. Brisant vaillamment cette nature cataleptique, le mulot est passé sur le devant de la scène.

 

La motivation première était d’aller observer le Gypaète barbu. Quelle meilleure motivation pour fournir un effort certain afin d’atteindre le poste d’observation. Tou(te)s les passionné(e)s ont un, plusieurs, saint Grall qui leur permet de franchir des obstacles pour se retrouver au plus près de ce qui les enivre. Parfois, souvent, la rencontre n’est pas au rendez-vous. Mais il y a mieux; l’imprévu. La nature nous offre alors, parfois avec une certaine ironie, des spectacles d’une discrétion saisissante, comme ce mulot. Parfois on rencontre un bipède! Et c’est très sympa, parfois.

Hasard, effort, obstacle, sont les épices de la rencontre, gages d’authenticité. 

 

On m’a eu dit …

 

« Quand tu n’auras plus le physique, que tu seras vieux, tu seras bien content d’aller le voir au zoo ou sur le fameux spot surfréquenté.

 

Quand je ne pourrai plus aller sur cette fameuse butte, alors je me poserai juste au départ de la montée (celles et ceux qui connaissent le coin s’imagine sans doute où). Je m’assoirai confortablement, appuyé contre le tronc d’un mélèze. Opinel, saucisson de cerf et fromage des Granges à l’ail des Ours sortis du sac, je scruterai les Couronnes pour voir s’il passe, tout en me remémorant ces montées, ces anecdotes, et ces rencontres authentiques avec le Grand Oiseau. 

 

… et qui sait, avec un peu de chance, un Grimpereau des bois viendra fouiller les lichens sur la branche au-dessus de moi. Je prendrai alors le temps comme jamais de l’observer, peut-être le photographier, avec cette satisfaction grisante que procure l’authenticité.

 

 

Une fois de plus, le Gypaète aura su faire poser mon regard sur un hôte discret des lieux, qui ne peut que susciter passion et émerveillement.

 

 

 

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