Adaptations à l'altitude

Les conditions climatiques ont une forte influence sur les organismes vivant en altitude. Les espèces animales et végétales qui parviennent à survivre en haute montagne, poussées par la sélection naturelle, ont du développer des stratégies de survie, ou disparaître.

Voici quelques caractéristiques de ces espèces souvent discrètes mais au mode de vie, ou plutôt de survie, des plus fascinant.

Conditions climatiques:

Pour comprendre et apprécier les adaptations animale et végétale à la vie en altitude, il faut tout d’abord évoquer le climat qui règne dans leur habitat.

La pression atmosphérique :
Elle diminue à mesure que l’on prend de l’altitude. La conséquence de cette diminution de pression est une diminution de la quantité de vapeur d’eau dans l’air et de gaz carbonique (et moins d’oxygène, raison pour laquelle certaines personnes peuvent souffrir du Mal Aigu des Montagne (MAM)). L’air étant plus sec, les organismes vont plus rapidement perdre de l’eau.

La température :
La température diminue d’environ 1°C pour 200 m d’altitude.
Au col du Grand-Saint-Bernard par exemple, la température annuelle moyenne est de -1,7°C. Les processus biologiques permettant la vie dépendent fortement de la température. Dans ces conditions, les plantes auront une croissance particulièrement lente (Silène !!!).

L’enneigement :
La durée d’enneigement augmente avec l’altitude. A 2500 m, sur les versants exposés à l’ombre, la neige disparaît durant environ 2 mois. C’est le minimum nécessaire pour que les plantes alpines puissent prospérer.
Le manteau neigeux contient beaucoup d’air. C’est ainsi un excellent isolant. Entre la neige et le sol, la température reste toujours voisine de 0°C ; le sol n’est ainsi jamais vraiment gelé. Une épaisse couche de neige est une excellente protection pour les plantes (et les marmottes qui hibernent) contre le froid et le dessèchement.

Le vent :
En altitude, la vitesse moyenne des vents est en général beaucoup plus élevée qu’en plaine. Les conséquences sont d’ordre mécanique (les plantes doivent être solidement enracinées) et hygrométrique (dessèchement rapide).

 

La Flore :

Nous voyons bien que les conditions climatiques posent un problème de perte d’eau à la végétation. Si elle espère survivre à cette altitude, la flore doit résoudre ce problème.

Les stratégies trouvées par la nature n’ont rien à envier aux meilleurs ingénieurs. Elles sont testées quotidiennement, et validée par Dame Nature depuis des milliers d’années.

En voici quelques unes :

Nanisme :

En étant petit, à ras du sol, la plante se met à l’abri des vents violents (le vent diminue à mesure que l’on s’approche du sol à cause de la force de frottement). Les pertes d’eau sont ainsi minimisées. Certaines espèces de Saules qui sont en plaine de grands arbres sont en montagne de petits arbustes qui rampent à la surface du sol. Ci-contre à droite, le Saule en réseau rencontré à 2500 m.

Les Coussinets :

Un des plus bel exemple de l’adaptation à l’altitude. Grâce à sa forme sphérique, la surface d’échange avec le milieu ambiant est limitée. Perte d’eau et échange thermique sont ainsi réduits au minimum. Au col du Grand-Saint-Bernard, la Silène sans pédoncule représente très bien cette stratégie adaptative. Certains individus sont si âgés qu’ils ont peut-être vu Napoléon!

Silène sans pédoncule                                                                                                          Androsace helvétique

Feuilles coriaces :

Tout comme dans le désert où l’on rencontre des cactus, on rencontre dans nos montagnes des plantes dites « grasses ». Les feuilles font office de réservoir d’eau. La Joubarbe des montagnes ou les plantes du genre Sedum sont les plus typiques. Dans la famille des primevères, la Primevère auricule montre très bien ce phénomène adaptatif. Se développant en altitude dans des secteurs soumis à des conditions de sécheresse atmosphérique importantes, leur feuilles se voient nettement épaissies au regard des espèces de plus basse altitude telle que la Primevère officinale. De plus, ses feuilles sont recouvertes de fins poils ainsi que d'une couche cireuse, ce qui lui confère une résistance complète à la dessiccation.

Primevère auricule

Pilosité dense :

La pilosité retient autour des feuilles une couche d’air immobile et humide. La perte d’eau par transpiration est ainsi limitée.

Exemple ci-dessous à droite, la Pulsatille printanière

L'Epervière poilue ci-dessous à gauche illustre parfaitement ce phénomène. Rencontrée ici à 2400 m sur une pelouse alpine exposée plein sud, on voit très clairement le résultat de la condensation de l'air humide maintenu autour des feuilles par l'importante pilosité.

 Sébastien Tinguely                                                                  

© 2016 Sébastien Tinguely